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CAMPAGNE INTERNE PRESIDENTIELLES 2007
  3 janvier 2006 : Je suis candidate à l’investiture des Verts pour la présidentielle !
 
   

Montreuil, le 21 novembre 2005,

Cher-e camarade, cher-e ami-e,

Contestée avec raison par les Verts, dans le cadre d’une critique plus large de la Vème République, l’élection présidentielle constitue pour nous un véritable défi. Candidature de « premier tour », destinée à porter les analyses et propositions des Verts auprès de l’opinion, et à peser sur les choix des candidats de « second tour », elle porte pourtant ses fruits, au-delà d’un résultat en apparence modeste. La campagne de 1995 permit de défendre les 35 heures, le droit de vote des résidents étrangers, la sortie du nucléaire ou la légalisation contrôlée des drogues. Celle de 2002, insistant sur les questions de société, fit avancer le débat sur l’homoparentalité ou les droits des migrants, et contribua à contrer la dérive sécuritaire de la plupart des candidats.

La campagne de 2007 sera difficile :
-   En raison du discrédit dont souffrent d’une façon globale « les politiques », discrédit dont les Verts auraient tort de croire qu’ils sont « naturellement » protégés ;
-   En raison du traumatisme subi par les démocrates le 22 avril 2002, et qui poussera au vote dit « utile » ;
-   En raison d’une situation économique et sociale très dégradée, comme le démontrent les violences des dernières semaines, qui pourrait inciter certains à considérer que les thématiques que nous portons sont « moins prioritaires ».

Cette échéance est pourtant essentielle :
-   Pour faire entendre la cohérence du projet des Verts, face à ceux qui pourraient, picorant ici ou là des idées ou des slogans, verdir leur discours le temps d’une campagne ;
-   Pour installer au cœur du débat les thèmes dont nous sommes convaincus qu’ils s’imposent à tout responsable politique digne de ce nom ;
-   Et donc pour faire en sorte que nos propositions soient largement débattues. Et reprises à son propre compte par le candidat de la gauche rassemblée au second tour.

Le temps de la prise de conscience est derrière nous. Devant nous, le temps de la décision, le temps de l’action, pour répondre aux défis inédits et complexes que constituent pour l’humanité la menace du changement climatique, l’épuisement des énergies fossiles bon marché, la dégradation des ressources en eau, l’érosion de la biodiversité, l’accumulation de toxiques dans les sols et dans nos corps, la reconnaissance du rôle de chacun dans une société apaisée. Face à cette tentation si humaine de reporter l’effort au lendemain, il nous revient à la fois de faire évoluer les comportements individuels et de revisiter toutes les politiques publiques, au prisme d’une triple exigence : la responsabilité écologique, la justice sociale, l’ambition démocratique. Quelle voix, sinon la nôtre, pour démontrer qu’on n’a pas à choisir entre le nucléaire et l’effet de serre, mais entre le gaspillage érigé en vertu civique - « je consomme, donc je suis » - et la sobriété choisie ? Quelle voix, sinon la nôtre, pour établir une relation juste avec l’Afrique, seule capable de transformer les migrations contraintes en mobilité choisie. des populations ? Quelle voix, sinon la nôtre, pour penser la réforme de l’Etat, la transformation du travail et de l’activité, la mise en place d’une fiscalité écologique, la mixité de nos villes, la mutation de l’industrie, la mise en responsabilité des jeunes, la construction européenne ?

Pour toutes ces raisons, une candidature des Verts est absolument indispensable.

Des voix s’élèvent, au sein même de notre parti, pour suggérer une candidature unique de la gauche de la gauche. Pour ma part, je ne crois pas que cette gauche-là soit porteuse d’un projet homogène, cohérent, décentralisateur et fédéraliste, anti-productiviste et anti-nucléaire. Ni qu’il soit bon d’attiser la fracture - bien réelle - entre une gauche « réformiste », mais qui en rabat souvent face aux résistances et aux contradictions de la société, et une gauche « radicale », avec laquelle on peut globalement s’accorder sur l’objectif (« un autre monde est possible »), mais qui peine à dessiner les chemins et étapes pour y parvenir.

D’autant plus que la politique conduite depuis trois ans fait monter à gauche une aspiration au débat et à l’unité. Le mélange de cynisme, de clientélisme et d’incompétence qui caractérise la droite gouvernementale ; les clins d’œil appuyés du ministre de l’intérieur à l’électorat de la droite extrême ; l’indifférence crasse aux difficultés quotidiennes des plus modestes - la précarité de l’emploi, le coût du logement, l’inquiétude pour l’avenir des enfants, le sentiment d’insécurité - ou encore la défiance à l’égard de toute innovation sociale - économie solidaire, multifonctionnalité en agriculture, coopération décentralisée, nouvelles pratiques culturelles... - justifient la mobilisation de toutes les forces progressistes, pour dépasser leurs clivages, faire gagner la gauche et construire un projet auquel chacun apportera le meilleur de sa culture politique.

L’objectif de cette campagne ? Porter le message de l’écologie auprès du plus grand nombre. Alerter et convaincre de la gravité de la crise écologique, et de l’urgence d’adopter un mode de développement plus sobre et plus solidaire, mais pas moins riche ! Et contribuer ensuite à la dynamique de second tour, permettant la victoire aux présidentielles d’un candidat prêt à passer à l’acte !

Plusieurs d’entre nous peuvent prétendre mener cette campagne. Il reviendra bien sûr aux militants verts de décider qui, des différents candidats, leur paraît le mieux à même de convaincre et de mobiliser un électorat vert exigeant, en s’adressant à l’ensemble de la société. Je ne sous-estime pas les difficultés liées au fait que les qualités requises pour être désigné-e par les Verts sont peut-être différentes de celles qui permettront de faire la meilleure campagne en direction de celles et ceux auxquels nous nous adressons trop rarement. Je n’esquive pas non plus les procès d’intention et les rumeurs que ma candidature continue à susciter chez quelques uns.

J’ai pour moi une assez longue expérience. Une expérience militante, dans les luttes écologistes de terrain, et dans le mouvement des femmes ; Une expérience politique, tout au long des vingt années qui ont permis l’émergence des Verts dans la vie publique, puis leur consolidation, permettant à beaucoup d’entre nous de faire l’apprentissage des responsabilités publiques ; Une expérience des responsabilités ministérielles enfin, pendant quatre longues années.

Je n’ai renoncé ni à dire les choses, ni à penser la transformation des politiques publiques, ni à remonter mes manches quand l’occasion m’en a été donnée. Ai-je commis des erreurs ? Sans doute... La critique, parfois dure, ne m’a pas épargnée. Quitte à ce que les faits, et le temps, permettent des jugements plus balancés En tout cas, j’assume les moments heureux et les moments de découragement, les victoires et les échecs, les acquis et les limites de chacune des étapes de ma vie militante !

Aujourd’hui, je suis prête à mener avec vous cette campagne. Pas la rencontre « d’un homme (un homme, forcément un homme !!) et d’un peuple » comme le dit Villepin, mais bien une aventure collective à laquelle je vous invite à participer dès maintenant. Cette campagne, je l’imagine à la fois grave et joyeuse. Je l’espère pleine de propositions qui parlent au cœur et à l’intelligence. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de sonner le tocsin, mais bien de convaincre chaque citoyen, homme ou femme, jeune ou vieux, que nous pouvons vivre mieux. Ensemble.

Rien n’est encore écrit... que ce courrier. La suite dépend de vous tous, amis, militants. Nous prendrons ensemble toutes les décisions qui devront l’être, avec le souci, encore et toujours, de faire grandir les Verts.

Dominique VOYNET

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